Les relations mère-jumeaux dans la première année
Les travaux de Zazzo ont insisté sur la nécessité de «dégémelliser» et d'éviter l'"autosuffisance" du couple gémellaire. Plus les parents consacreront de temps à chacun séparément, plus ils faciliteront leur autonomie future. Moins ils auront réussi à leur donner de l'amour individuellement, plus le groupe sera soudé. Les jumeaux créeront une relation de couple qui modèlera la personnalité de l'un vis-à-vis de l'autre et les rendra autosuffisants. Plus les jumeaux sont soudés, plus ils sont différents dans une savante répartition des tâches, avec par exemple « un ministre des affaires extérieures et un ministre des affaires intérieures ». C'est ce que Zazzo a appelé le « paradoxe des jumeaux".
Au cours de la première année, Robin et al. ont décrit chez les mères des comportements différents dont les deux pôles extrêmes seraient la collectivisation ou « gémellisation précoce » d'une part et l'individualisation d'autre part. Dans le premier cas, les jumeaux sont traités comme une entité. Dans l'autre cas, la mère cherche à tout prix à établir une relation individualisée. Entre ces deux extrêmes, il y a des attitudes intermédiaires. L'attitude qui consiste à « collectiviser » serait plus fréquente chez les mères fatiguées ou déprimées. D'après notre expérience, dans les mois qui suivent la naissance nous avons le sentiment que la mère ne peut investir ses jumeaux que collectivement. On observe d'ailleurs très fréquemment des conduites égalitaristes des parents de jumeaux qui les poussent à doubler leurs attitudes par peur de donner moins de temps, moins de jeux, moins de mots à l'un qu'à l'autre. L'individualisation ne viendrait que plus tard.